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Son odeur après la pluie…

il y a 1 jour
3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 8 heures


C’est le titre d’un livre de Cédric Sapin-Defour qui a rencontré un immense succès à sa sortie.


Il raconte une histoire d’amour.

Celle d’un homme et de son chien. Une histoire faite de promenades, de regards, de silences, de rituels minuscules et de cette présence si particulière qu’un animal prend dans nos vies. Une présence discrète et pourtant immense. Jusqu’au jour où il n’est plus là.


Et alors, il reste le vide. Le bruit des pattes qu’on croit encore entendre, la gamelle qu’on n’ose pas ranger, les habitudes qui n’ont plus de raison d’être. Et cette odeur, après la pluie, qui nous manque terriblement.


Mais au-delà de cette histoire, ce livre a un mérite immense : il lève le tabou sur le deuil d’un animal.


Un ami m’a récemment confié, presque honteusement : « J’ai plus pleuré à la mort de notre chienne qu’à celle de mon père. »


Comme s’il fallait s’en excuser. Comme si l’intensité de notre chagrin devait être proportionnelle à la place que la société accorde à celui que nous avons perdu.

 

Une patiente me racontait, elle aussi, combien elle souffrait depuis la mort de son chat. Dix-huit ans de vie partagée. Dix-huit ans de présence, de tendresse, de compagnie. Mais elle n’osait pas vraiment en parler autour d’elle. « Ce n’était qu’un chat. Les gens comprennent mieux quand c’est un chien », m’a-t-elle dit.


Y a t’il une hiérarchie dans le droit au chagrin ? Comme si la peine devait se justifier par l’espèce, la durée de vie ou le statut de celui qui nous quitte.


Mais depuis quand le chagrin doit-il être légitime pour être réel ?


Le deuil d’un animal est parfois un deuil solitaire. Un deuil que l’entourage minimise, souvent sans mauvaise intention. « Tu pourras en reprendre un autre. » « Il a eu une belle vie. » « Ce n’était quand même qu’un animal. »


Des phrases censées consoler, mais qui peuvent ajouter à la douleur celle de ne pas se sentir compris.


Car ce que nous perdons avec un animal, ce n’est pas simplement une présence dans la maison. C’est une relation. Un lien singulier, construit jour après jour, souvent sans mots, sans attentes compliquées, sans nécessité de se raconter ou de se justifier.


Un animal nous accompagne dans des moments de vie que personne d’autre n’a parfois traversés avec nous. Il a été là pendant une séparation, une maladie, une période de solitude, un déménagement, la naissance d’un enfant. Il a partagé notre quotidien, nos joies et nos chagrins. 


Et puis, il y a cette particularité du lien avec un animal : il nous accueille tels que nous sommes. Sans nous demander de réussir, de faire bonne figure ou de trouver les bons mots. Sa présence peut être un refuge, une forme de sécurité affective, un point d'ancrage dans nos vies parfois agitées. Un animal, c’est un amour inconditionnel, une présence lorsqu’on rentre seul chez soi, un compagnon de chagrin, un interlocuteur silencieux à qui l’on peut tout confier sans être jugé, pour les personnes âgées c’est aussi un garant de bonne santé, un partenaire d’exercice physique, une raison d’être.. tant de rôles attribué à cette autre vie.  Ma grand-mère disait de son chien ‘il ne lui manque que la parole”.


Alors, lorsqu’il disparaît, c’est aussi tout cela que nous perdons.


Il arrive même que cette perte réveille d’autres chagrins, plus anciens, ou qu’elle nous bouleverse davantage que certaines pertes humaines. Non pas parce que nous aimions moins les personnes disparues, mais parce que chaque relation est différente. Chaque attachement a son histoire, sa profondeur, ses blessures et sa manière de nous habiter.


Le deuil n’est pas un concours d’amour. On ne mesure pas l’importance d’un lien au nombre de larmes versées, pas plus qu’on ne peut comparer deux absences.  Pourquoi acceptons-nous si facilement qu’un animal fasse partie de la famille, mais si difficilement que sa mort puisse nous briser le cœur.


Et peut-être est-ce cela qu’il faudrait rappeler à ceux qui viennent de perdre un animal : vous avez le droit d’avoir mal. Le droit de pleurer longtemps. Le droit de garder son panier, de regarder ses photos, de parler encore de lui, de ne pas vouloir en adopter un autre. Ou au contraire, d’en accueillir un rapidement, sans que cela signifie que vous l’avez oublié. Le droit de dire ‘je viens de perdre un être cher”.


Il n’existe pas de bonne manière de traverser ce deuil, ni de calendrier pour cesser d’avoir du chagrin.


Il y a simplement un lien qui a existé, un amour qui a été vécu, et une absence avec laquelle il faut désormais apprendre à vivre.


Parce que ce n’était pas « juste un animal », c’était celui que vous aimiez.




 
 

Faites une pause. Réfléchissez. Évoluez.

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