Si j'avais su… qu'on peut faire le deuil de celui ou celle qu'on était.
Dernière mise à jour : il y a 7 heures
On parle beaucoup de la difficulté de perdre quelqu'un. Beaucoup moins de celle de perdre une partie de soi.
Pourtant, certaines transitions de vie nous confrontent précisément à cela : la disparition d'une identité à laquelle nous étions profondément attachés.
Un divorce. Un départ à la retraite. La perte d'un parent. Une maladie. Un déménagement à l'autre bout du monde. Mais aussi, parfois, des événements heureux comme une promotion ou la naissance d'un enfant.
Tous ces changements ont quelque chose en commun : ils peuvent nous obliger à redéfinir qui nous sommes.
Je pense à Pierre, ce dirigeant international qui, à quelques mois de sa retraite, me confiait avec une profonde tristesse :
« Quand je rentrerai en France, je serai juste Pierre. »
Après des décennies passées à construire une carrière remarquable, il avait du mal à imaginer qui il serait sans son titre, ses responsabilités et la reconnaissance qui les accompagnait.
Je pense aussi à ces femmes qui, après un divorce, doivent réapprendre à vivre seules après avoir passé vingt ou trente ans à se définir au sein d'un couple.
Ou à ces adultes qui, après la mort de leurs parents, découvrent qu'ils ont perdu bien plus qu'une présence aimée : une partie de leurs racines, de leur histoire, de leur place dans le monde.
Je pense à cette femme qui après un AVC ne pouvait plus exercer son métier et devait se former à nouveau, en tenant compte à présent de ses limites physiques.
Ces expériences sont différentes, bien sûr. Mais elles soulèvent une question commune :
Comment continuer à être soi lorsque les repères qui nous définissaient ont disparu ?
Nous construisons notre identité progressivement, à travers nos relations, nos expériences, nos choix, nos réussites et parfois nos échecs. Avec le temps, nous finissons par nous raconter une histoire sur qui nous sommes.
Je suis dirigeant. Je suis mariée. Je suis la fille de… Je suis expatriée. Je suis mère.
Ces rôles sont importants. Ils donnent du sens et de la continuité à notre existence. Mais ils ne sont pas immuables. Et lorsque la vie nous oblige à les quitter, volontairement ou non, nous pouvons éprouver une forme de deuil.
Pas nécessairement le deuil d'une personne, mais celui d'une version de nous-mêmes. De la personne que nous étions, de la vie que nous connaissions, parfois même de l'avenir que nous avions imaginé.
Dans mon travail de coaching, je rencontre régulièrement des personnes qui voudraient traverser ces transitions le plus rapidement possible. Retrouver confiance, se fixer de nouveaux objectifs, avancer. Comme si l'essentiel était de tourner la page.
Mais on ne peut pas toujours construire la suite sans prendre le temps de reconnaître ce qui se termine.
Cela ne signifie pas rester prisonnier du passé. Cela signifie lui donner sa juste place.
Pour Pierre, il ne s'agissait pas de renoncer à son identité de dirigeant, mais de découvrir qu'il pouvait continuer à transmettre son expérience autrement, tout en redonnant une place à sa vie personnelle et à son couple.
Car une transition n'efface pas ce que vous avez été. Elle vous invite parfois à élargir la définition que vous avez de vous-même, à réécrire votre histoire.
Vous pouvez avoir été un dirigeant et découvrir d'autres manières de contribuer. Avoir été marié et construire une nouvelle vie. Avoir perdu vos parents et continuer à faire vivre ce qu'ils vous ont transmis.
Il ne s'agit pas forcément de devenir une nouvelle personne. Peut-être simplement de laisser émerger d'autres facettes de celle que vous êtes déjà.
Et si la résilience ne consistait pas à redevenir celui ou celle que vous étiez avant, mais à apprendre à accueillir la personne que vous êtes en train de devenir ?


