Si j'avais su… que l'engagement professionnel ne devrait pas signifier s'oublier.
Dernière mise à jour : il y a 8 heures
Carlos vient d'être nommé Vice-Président d’une multinationale. Une promotion qu'il attendait depuis longtemps et dont il est, à juste titre, très heureux.
Nous avions déjà travaillé ensemble sur son équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Il avait fait des progrès, notamment en réussissant enfin à se libérer pour assister aux entraînements sportifs de ses fils. Une petite victoire qui comptait beaucoup pour lui.
Mais lorsque nous faisons le point sur son nouveau quotidien, Carlos reconnaît que son agenda est, comme il le dit lui-même, « rempli à bloc ».
Les réunions s'enchaînent, les rendez-vous se succèdent, les sollicitations se multiplient. Pas une minute entre deux engagements pour souffler, prendre du recul ou simplement réfléchir.
Il a réussi à faire une place à ses fils dans son agenda. Mais s'est-il vraiment accordé une place à lui-même ?
Vous vous reconnaîtrez peut-être en Carlos:
Un comité exécutif qui se prolonge bien au-delà de l'heure prévue. Des résultats trimestriels en dessous des objectifs. Une décision difficile à prendre concernant une réorganisation. Un directeur qui sollicite votre arbitrage alors que vous vous apprêtiez enfin à quitter le bureau. Entre deux réunions, ces dizaines de messages marqués « urgent » auxquels il faut répondre.
Au début, ce ne sont que quelques exceptions.
Vous annulez une séance de sport pour préparer une présentation au conseil d'administration. Vous manquez un dîner en famille parce qu'une négociation importante se prolonge. Vous repoussez un rendez-vous médical : impossible de s'absenter cette semaine, les enjeux sont trop importants.
Puis arrive le week-end. Un problème surgit sur un site de production, un client stratégique menace de partir, ou une décision attendue lundi exige encore quelques heures de préparation.
Vous ouvrez votre ordinateur le dimanche soir. Juste pour prendre de l'avance.
Et peu à peu, les exceptions deviennent des habitudes.
Même pendant les vacances, vous gardez votre téléphone à portée de main. Au restaurant, vous consultez discrètement vos messages. À trois heures du matin, vous repassez mentalement les chiffres du prochain budget ou les conséquences d'une décision que vous devrez annoncer à vos équipes.
Vous êtes physiquement présent, mais votre esprit est ailleurs.
Car les responsabilités d'un dirigeant sont aussi passionnantes qu'exigeantes. Définir une vision, mobiliser les équipes autour d'un projet commun, développer les talents, saisir de nouvelles opportunités, accompagner les transformations… mais aussi prendre des décisions difficiles, gérer les imprévus et tenir les engagements pris.
Le plus souvent, vous aimez profondément ce que vous faites. Vous n'avez pas décidé de vous oublier. Vous avez simplement pris l'habitude de considérer que tout le reste pouvait attendre.
Dans mon travail de coaching, je rencontre des dirigeants capables de piloter des organisations complexes, de gérer des crises et de définir une stratégie à cinq ans, mais qui peinent à se réserver une heure dans leur agenda.
Ils parlent de l'importance de la délégation, mais continuent à intervenir dans les moindres détails. Ils encouragent leurs équipes à préserver leur équilibre, mais envoient eux-mêmes des e-mails à minuit. Ils savent repérer les risques qui menacent leur entreprise, mais prêtent peu d'attention aux signaux que leur envoie leur propre corps.
Et parfois, lorsqu'ils trouvent enfin un moment pour eux, ils sont tellement fatigués qu’ils aspirent surtout à dormir.
Il ne s'agit pas de remettre en question leur ambition, leur engagement ou le plaisir qu'ils trouvent dans leur travail. Mais de s'interroger sur le prix, parfois invisible, de cette réussite. Et sur ce que leur propre comportement transmet, malgré eux, aux équipes qu'ils dirigent.
Car être un dirigeant engagé ne signifie pas devoir être disponible à chaque instant. Et prendre soin de soi n'est ni un manque d'ambition ni une preuve de faiblesse.
Vous savez anticiper les risques pour votre entreprise. Mais quand avez-vous commencé à considérer votre propre épuisement comme un risque à prendre au sérieux ?
Vous prenez soin de votre entreprise, de vos équipes et de leurs résultats. Mais qui prend soin de vous ?


