Si j'avais su… qu'on peut devenir orphelin à tout âge.
Dernière mise à jour : il y a 8 heures
Le mot « orphelin » évoque spontanément l'enfance. L'image d'un petit garçon ou d'une petite fille qui a perdu ses parents trop tôt.
Pourtant, on peut avoir 30, 40, 50 ans et se sentir profondément orphelin.
Car perdre son père ou sa mère, quel que soit l'âge, ce n'est pas seulement perdre une personne aimée. C'est aussi perdre une partie de son histoire, de ses racines et parfois même de son identité.
Tant que vos parents sont là, vous restez, d'une certaine manière, leur enfant. Même si vous êtes devenu parent à votre tour, même si vous avez construit une carrière, une famille, une vie indépendante.
Il existe encore quelque part une personne qui vous a connu avant que vous deveniez l'adulte que vous êtes aujourd'hui. Quelqu'un qui se souvient de vos premiers pas, de vos peurs d'enfant, de vos rêves d'adolescent. Quelqu'un qui détient une partie de votre histoire, parfois même des souvenirs que vous avez oubliés.
Et puis, un jour, cette personne disparaît.
Avec elle s'en vont des souvenirs, des anecdotes, des réponses à des questions que vous n'avez peut-être jamais pensé à poser.
Et parfois, c'est aussi une certaine version de vous-même qui disparaît.
Le deuil d'un parent peut profondément bouleverser un adulte pourtant bien installé dans sa vie. Vous pouvez avoir l'habitude de prendre des décisions, de soutenir les autres, de faire face aux difficultés et découvrir soudain une vulnérabilité que vous ne soupçonniez pas.
Comme si, malgré les années, la perte d'un parent venait toucher quelque chose de très ancien, de très intime. Cette part de vous qui, quelque part, était encore l'enfant de quelqu'un.
Lorsque le dernier parent disparaît, un autre bouleversement peut survenir. Vous devenez symboliquement la génération suivante. Celle qui se retrouve désormais en première ligne. Il n'y a plus personne au-dessus.
Cette prise de conscience peut être particulièrement déstabilisante. La mort de vos parents vous confronte aussi au passage du temps, à votre propre finitude, à ces portes qui se ferment et à cette histoire personnelle qui continue d'avancer.
Mais le deuil d'un parent n'est pas toujours fait uniquement de tristesse. Les relations familiales peuvent être complexes, parfois conflictuelles, marquées par des blessures, des silences ou des incompréhensions.
Vous pouvez pleurer ce que vous avez vécu, mais aussi ce qui en sera jamais: une relation espérée ; des mots jamais prononcés ; une reconnaissance attendue ; une réconciliation qui n'aura finalement pas lieu.
Car il est possible de faire le deuil d'une personne, mais aussi de tout ce qui aurait pu être.
Et c'est peut-être l'une des dimensions les plus difficiles de cette perte : apprendre à vivre avec une histoire qui ne pourra plus être réécrite.
La chanson Si j'avais su, de Claudio Capéo, évoque avec beaucoup d'émotion ces mots que l'on aurait aimé dire, ces instants que l'on aurait voulu retenir, ces gestes que l'on aurait souhaité poser avant qu'il ne soit trop tard.
Elle rappelle combien certaines prises de conscience arrivent parfois lorsque le temps des possibles est déjà passé.
Alors, si vous avez encore la chance d'avoir vos parents, peut-être reste-t-il des questions à poser, des souvenirs à recueillir, des histoires à écouter, des mots à échanger.
Et si vous les avez perdus, peut-être pouvez-vous vous autoriser à ressentir pleinement ce chagrin, quel que soit votre âge.
Sans vous dire que vous devriez être suffisamment adulte pour mieux le supporter. Sans minimiser cette peine sous prétexte que la mort d'un parent âgé ferait partie de l'ordre naturel des choses. Car même lorsqu'une perte est prévisible, elle n'en est pas nécessairement moins douloureuse.
On ne cesse pas d'être l'enfant de ses parents simplement parce qu'on est devenu adulte.


