Si j'avais su… qu'il n'est pas nécessaire de se sentir prêt(e) pour l'être vraiment !
Dernière mise à jour : il y a 8 heures
Sophia est CEO d'une grande marque de cosmétiques. Une femme proche de la retraite, qui a construit une carrière remarquable et qui ne manque ni d'assurance ni de détermination.
Alors que nous travaillons ensemble sur sa transition vers l'après-carrière, elle me confie s'être donné une mission pour ses dernières années professionnelles : encourager les femmes de son entreprise à prendre leur place.
Un jour, elle me raconte, mi-amusée, mi-déconcertée, les entretiens qu'elle vient de mener pour l'ouverture d'un bureau à Moscou.
« J'ai rencontré plusieurs candidats. L'un était convaincu d'être parfaitement qualifié parce qu'il connaissait À la poursuite d'Octobre rouge par cœur. Un autre parce qu'il était allé en Russie lors d'un voyage scolaire ! »
Puis elle ajoute :
« Pourtant, dans mon équipe, il y a une jeune femme formidable, très compétente, qui parle couramment russe. Et elle n'a même pas postulé ! »
Sophia demande alors à son service des ressources humaines de l'approcher. La réponse de la jeune femme ?
« Oh, mais cela ne fait que trois ans que je suis dans l'entreprise… »
Trois ans.
D'un côté, des hommes convaincus de leur légitimité sur la base d'un film ou d'un voyage scolaire. De l'autre, une femme compétente, possédant un véritable atout pour le poste, mais qui s'exclut elle-même de la sélection parce qu'elle estime ne pas avoir suffisamment d'ancienneté.
La suite ? Encouragée à présenter sa candidature, elle a finalement obtenu le poste.
Cette histoire m'est restée en tête.
Vous est-il déjà arrivé de renoncer à une opportunité parce que vous ne cochiez pas toutes les cases ? De penser qu'il vous manquait encore une formation, quelques années d'expérience ou une validation extérieure avant d'oser vous lancer ?
Je retrouve souvent ce mécanisme en coaching, notamment chez des femmes pourtant expérimentées et reconnues pour leurs compétences.
Elles ne manquent pas nécessairement d'ambition. Mais elles attendent parfois une forme de permission, intérieure ou extérieure, pour se dire : « Pourquoi pas moi ? »
Et le paradoxe est d'autant plus frappant dans le monde de l'expatriation. Alors que les femmes restent très minoritaires parmi les cadres envoyés à l'étranger, certaines études suggèrent qu'elles y réussissent au moins aussi bien, voire parfois mieux, que leurs homologues masculins.
Le problème n'est donc pas nécessairement celui des compétences. Il peut aussi être celui de la confiance, de la visibilité et de l'accès aux opportunités.
Bien sûr, il serait simpliste de prétendre que tous les hommes surestiment leurs capacités et que toutes les femmes sous-estiment les leurs. Mais l'éducation, les expériences et les attentes sociales peuvent profondément influencer la manière dont chacun évalue sa propre légitimité.
Certaines personnes se demandent : « Pourquoi ne serais-je pas capable de le faire ? »
D'autres : « Ai-je vraiment toutes les compétences nécessaires pour me lancer ? »
Et cette différence de perspective peut parfois changer le cours d'une carrière.
Ce que j'aime particulièrement dans cette histoire, c'est qu'elle met aussi en lumière le rôle essentiel des dirigeants. Sophia aurait pu attendre que la jeune femme se manifeste. Elle a choisi d'aller chercher un talent qui n'osait pas se présenter.
Car si chacun doit apprendre à se donner sa propre chance, les organisations ont aussi la responsabilité de reconnaître les talents qui n'osent pas encore se mettre en avant.
Parfois, il suffit que quelqu'un vous dise « Pourquoi pas vous ? » pour que vous commenciez enfin à vous poser la même question.
Mais vous n'aurez pas toujours quelqu'un pour vous encourager à franchir le pas.
Et si la première personne à convaincre de votre légitimité, c'était vous-même ?


