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Pour en finir avec le cerveau gauche/cerveau droit

  • SM
  • il y a 1 jour
  • 3 min de lecture


Pendant des décennies, on nous a raconté une histoire rassurante par sa simplicité au sujet du cerveau. L’hémisphère gauche serait logique, analytique, structuré. L’hémisphère droit serait créatif, intuitif, émotionnel. Deux mondes. Deux modes de fonctionnement. Et, en filigrane, deux types de personnes. C’est un récit séduisant. Mais c’est aussi, en grande partie, un mythe.


D’où vient cette idée

L’origine de cette croyance n’est pas totalement infondée.

Dans les années 1960, le neuroscientifique Roger Sperry a mené des recherches pionnières sur ce que l’on a appelé les patients au « cerveau scindé » (split-brain) — des personnes dont le corps calleux (le pont entre les deux hémisphères) avait été sectionné chirurgicalement, souvent comme traitement de formes sévères d’épilepsie.

Ces études ont mis en évidence un point important :

  • certaines fonctions du langage semblaient davantage associées à l’hémisphère gauche ;

  • certains processus visuo-spatiaux paraissaient plus dominants dans l’hémisphère droit.


Ces résultats étaient subtils, complexes, et propres à des conditions neurologiques inhabituelles. Mais, comme souvent, la nuance s’est perdue en chemin.

Ce qui relevait au départ d’une observation scientifique prudente s’est peu à peu transformé — à travers la psychologie populaire, les formations en management et la culture du développement personnel — en une opposition simplifiée :

Vous seriez soit « cerveau gauche »… soit « cerveau droit ».


Le problème des récits trop convaincants

Cette idée a perduré parce qu’elle est intuitivement satisfaisante. Elle offre :

  • une explication rapide des différences entre les individus ;

  • un cadre identitaire (« je suis plus créatif » / « je suis plus analytique ») ;

  • un langage accessible et facile à reprendre.


Et dans les environnements professionnels, elle s’est révélée particulièrement commode :

  • pour catégoriser les talents ;

  • pour concevoir des rôles ;

  • pour justifier certaines trajectoires de développement.


Mais le cerveau ne fonctionne pas par cases. Il fonctionne en réseaux.


Ce que les neurosciences nous disent aujourd’hui

Les neurosciences contemporaines dressent un tableau très différent.

Les techniques modernes d’imagerie cérébrale montrent que la plupart des fonctions humaines complexes — en particulier celles qui interviennent dans la pensée, la prise de décision et la créativité — sont distribuées à travers plusieurs réseaux interconnectés, mobilisant les deux hémisphères.


La créativité, par exemple, ne se situe pas dans un « cerveau droit ».

Elle émerge d’une interaction dynamique entre plusieurs systèmes, parmi lesquels :

  • le default mode network (réseau du mode par défaut), associé à la réflexion intérieure, à l’imagination et à l’errance mentale ;

  • le executive control network (réseau de contrôle exécutif), impliqué dans l’attention, l’évaluation et la prise de décision ;

  • le salience network (réseau de la saillance), qui aide à passer de l’attention interne à l’attention externe.


Autrement dit : la créativité n’est pas l’absence de structure. Elle naît de la collaboration entre l’imagination et le contrôle. Et cette collaboration mobilise en permanence les deux hémisphères, en dialogue constant.


Pourquoi cela compte plus que jamais

À première vue, on pourrait croire qu’il ne s’agit que d’une correction académique. Ce n’est pas le cas. Le récit du cerveau gauche / cerveau droit influence subtilement la manière dont nous nous percevons — et ce que nous croyons possible pour nous-mêmes.

Si vous vous pensez « non créatif », vous risquez de ne jamais vous engager dans les processus mêmes qui développent la créativité.

Si vous vous identifiez comme « la personne intuitive », vous risquez d’investir insuffisamment dans la discipline qui permet aux idées de prendre forme.

Le vrai risque n’est pas seulement l’inexactitude scientifique. C’est l’auto-limitation.


Repenser la créativité… et la pensée

L’un des déplacements les plus intéressants aujourd’hui est que ces frontières traditionnelles elles-mêmes sont remises en cause. Dans un monde marqué par la complexité, l’incertitude et la rapidité du changement :

  • la pensée analytique seule ne suffit plus ;

  • la créativité sans structure manque d’impact ;

  • l’expérience sans réflexion devient répétition.


Ce qui est désormais requis, c’est l’intégration. La capacité à :

  • penser avec rigueur et imagination ;

  • tolérer l’ambiguïté sans chercher à la refermer trop vite ;

  • naviguer entre exploration et décision.


Il ne s’agit pas d’un trait de personnalité. C’est une capacité qui peut se développer.


Au-delà du binaire

La vraie question n’est peut-être pas :

« Êtes-vous cerveau gauche ou cerveau droit ? »

Mais plutôt : « Dans quelle mesure permettez-vous à différents modes de pensée de travailler ensemble ? »


Car les leaders, penseurs et individus les plus efficaces ne sont pas ceux qui fonctionneraient à partir d’un seul “côté” du cerveau. Ce sont ceux qui savent intégrer.

Faire une pause et réfléchir. Générer et évaluer. Imaginer et mettre en œuvre.


Une implication plus discrète

Il y a quelque chose d’assez apaisant à renoncer à cette division entre cerveau gauche et cerveau droit. On se libère des étiquettes. On retrouve du possible.

Et cela invite à une autre forme d’attention : non pas : quel type de cerveau ai-je ? Mais plutôt : comment est-ce que je l’utilise ?

 
 

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